À l’heure où s’écrivent ces lignes, l’investiture du 45e président des États-Unis nous rappelle que, depuis toujours, l’Humanité n’aime rien moins que le faste de cérémonies au cours desquelles les vainqueurs sont solennellement portés en triomphe. Si les guerriers d’antan ont peu à peu cédé la place aux sportifs d’aujourd’hui, les dirigeants du monde entier restent aussi friands que leurs prédécesseurs de fêtes grandioses au cours desquelles ils peuvent enfin recevoir les lauriers de leur victoire.
Mais d’où vient cette association entre les lauriers et le succès ?
Une nouvelle fois, les amours déçues d’un dieu grec en sont à l’origine : un brin attristé de voir la nymphe qu’il convoitait se changer en laurier pour lui échapper, Apollon décida, en bon harceleur qu’il était, d’en faire son symbole. Tant et si bien que même la Pythie de Delphes n’hésitait pas à en mâcher quelques feuilles pour entrer en contact avec la divinité et annoncer ses oracles – une excuse à laquelle certains ont toujours recours aujourd’hui après un contrôle inopiné.
Les Grecs associant les lauriers aux vainqueurs et aux poètes, les Romains firent de même sans prêter attention aux accusations d’appropriation culturelle qui n’auraient pas manqué d’agiter la twittosphère de l’époque si elle avait existé. Les généraux romains revenant d’une campagne victorieuse étaient ainsi célébrés par les citoyens à l’occasion d’un défilé les menant jusqu’au temple de Jupiter, lieu où la couronne de laurier était finalement dédiée à la divinité. Sommes-nous vraiment si éloignés de nos augustes ancêtres ?
À noter que, tout au long du trajet en char, un esclave se trouvait derrière le général victorieux pour tenir, au-dessus de sa tête, la fameuse couronne. Rôle ingrat ? Peut-être. Mais qui ne s’arrêtait pas là : en effet, l’esclave avait également pour fonction de souffler aux oreilles du triomphateur une phrase courte, mais lourde de sens : memento moriSouviens-toi que tu vas mourir »). Ceci afin que le vainqueur, nimbé de la gloire du jour et prompt à la croire éternelle, n’oublie jamais qu’elle n’était que temporaire.
Une tradition à remettre au goût du jour, aux États-Unis comme chez nous ?

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