C’est à n’y rien comprendre. Ce contact que vous aviez trouvé particulièrement efficace, drôle et dynamique au téléphone se fait soudain terne, sec, fade dans le mail qu’il vous envoie. C’est que l’expression orale et l’expression écrite ne mobilisent pas les mêmes codes et les mêmes stimuli chez nos interlocuteurs. Quelques pistes pour les appréhender.

1.     Richesses de la communication orale

La principale caractéristique d’un échange oral est sa richesse. Les informations transmises à l’occasion d’un échange en présence de votre interlocuteur ne se limitent pas, en effet, aux seuls mots prononcés. Plus encore, c’est l’interactivité et l’immédiateté qui assurent à la conversation sa force : aussi rapide que soit l’e-mail, il n’en reste pas moins un message, ce qui suppose qu’il ne fasse pas forcément l’objet d’une réponse instantanée. Combien de discussions ne trouvant pas de résolution par mail se simplifient soudain par téléphone ? Définitivement, ces deux formes de communication ne sont pas à mettre sur le même plan. Surtout quand on sait que, à l’oral, 60 % des informations passent par la gestuelle, 30 % par la voix et 10 %… par les mots !

2.     Le lecteur, sourd…

À l’oral, ma voix est lourde de sens. Qui discute régulièrement sur les réseaux sociaux, les blogs ou les forums ne peut que constater la terrible lacune d’informations née de l’absence du ton. Combien de malentendus ? Combien de quiproquos ? Votre voix, selon la façon dont vous la modulez, peut transformer les mêmes mots tantôt en une affirmation puissante, tantôt en une bouffonnerie sarcastique. C’est une source d’information majeure pour votre interlocuteur, par laquelle passent connivence, conviction et confiance. Et qui disparaît, bien entendu, à l’écrit.

3.     … et aveugle

Notre gestuelle, elle aussi, est fantastiquement large. Je serre et martèle le poing pour apporter du poids à mon discours. J’écarte les bras pour montrer mon innocence ou ma méconnaissance. Je penche la tête en signe d’affection ou de rapprochement. Je croise les bras en guise de barrière ou de doute. Mes mimiques faciales sont également en cause : j’agrandis les yeux pour montrer mon étonnement – ou pour susciter celui de mon vis-à-vis –, je me tords la bouche en signe de doute ou de réflexion. L’ensemble de ces gestes est enregistré, consciemment ou inconsciemment, par votre vis-à-vis, et permet de soutenir et clarifier votre discours.

4.     Que faire ?

Résumons : en situation de communication écrite, votre interlocuteur ne peut pas vous voir et se féliciter de votre tenue ; il est insensible au charme capiteux de votre parfum, comme il l’est aux gestes flamboyants qui vous servent à ponctuer votre argumentation. Enfin, il est sourd à la voix envoûtante qui vous sert à l’attirer dans vos filets.

Mais vous n’êtes pas démuni pour autant : il vous reste en effet trois éléments sur lesquels compter.

  • Les mots
  • La ponctuation
  • L’organisation visuelle de votre texte

Cela peut paraître bien peu, mais il s’agit pourtant d’outils puissants, totalement à votre main.

Choisir le bon mot ? La langue française en recense entre 150 et 200 000. Vous devriez y trouver votre bonheur – et, plus encore, celui de votre interlocuteur.

Ponctuer correctement ? Plutôt que de saupoudrer aléatoirement vos virgules, notez à quel point elles pallient efficacement l’absence de ton pour rythmer et donner du relief à vos écrits.

Mettre en page ? « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface », disait Hugo. Distinguez visuellement vos idées les unes des autres, organisez-les logiquement autour d’un plan, et la lecture de votre prose n’en sera que facilitée.

 

Et, dans tous les cas, pensez à vous adapter à votre destinataire !

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